L’effet du confinement sur les circuits courts : vague ponctuelle ou changement durable ?

Actualité - 09/07/2020

L’effet du confinement sur les circuits courts : vague ponctuelle ou changement durable ?

Alors que toute la France se confinait, les agriculteurs ont continué pour nourrir les citoyens. A défaut de pouvoir circuler librement, beaucoup de consommateurs ont regardé de plus près ce qu’ils mettaient dans leur assiette. Quelles sont les conséquences sur le long terme pour les agriculteurs et pour les circuits courts en général ? Nous vous présentons une analyse du phénomène en nous appuyant sur les statistiques de vente de sites équipés avec Panier Local.

Panier Local équipe plus de 500 projets distribuant les produits de plus de 4000 producteurs locaux auprès des consommateurs, mais aussi des restaurateurs et commerces qui génèrent près de 100 M€ par an. Cette analyse s’intéresse uniquement aux données de vente directe aux consommateurs.

Premier axe : les acteurs historiques
La première statistique concerne les circuits courts historiques, qui distribuaient déjà en 2019. Le confinement a clairement tiré cette croissance vers le haut. Si la première semaine a été un choc avec la fermeture de quelques points de livraison, l’explosion de la demande associée à la fermeture des marchés et restaurants a créé une croissance effrénée jusqu’à fin avril (et les assouplissements du confinement) … au point que nous avons dû faire évoluer le logiciel pour limiter les commandes sur des créneaux de livraison. On peut ainsi observer une croissance impressionnante : nos clients ont en moyenne multiplié leur chiffre d’affaires par 6 par rapport à l’année précédente à la même période. 66% ont vu leur chiffre d’affaires doubler ou plus, et 10% ont multiplié leur chiffre d’affaires par 10 ou plus ! 



Ces chiffres montrent qu’il y a réellement un effet de pic pour les sites déjà existants avant le confinement. Si l’essoufflement est réel, on note un effet de plateau stabilisé en juin 2020, avec une croissance moyenne de 80% par rapport à l’année précédente, qui confirme un effet durable du confinement sur la distribution en circuit court.


Deuxième axe : les circuits de distribution équipés lors du confinement
La deuxième statistique concerne les sites créés à l’occasion du confinement. Si 150 sites se sont équipés de Panier Local depuis le 1er mars, nous nous sommes intéressés ici aux 91 projets accompagnés pendant le confinement. Ces nouveaux clients ont fait au total presque 2 millions de chiffre d’affaires entre fin mars et fin juin. 



Sur ces sites, on observe le même phénomène de pic et de plateau. On remarque toutefois sur ces projets, qui se sont parfois créé dans l’urgence pour répondre à la demande pressante des producteurs et consommateurs, une accélération plus forte mais aussi un essoufflement plus prononcé, avec un rapport de presque 3 entre le pic et l’atterrissage, contre moins de 2 pour les sites historiques.


Des pistes d’analyses
Alors que ce progrès est flagrant chez la quasi-totalité de nos clients vendant aux particuliers, intéressons-nous aux différents facteurs liés à la pandémie qui peuvent expliquer un tel changement d’habitude. 
Il est d’abord intéressant de se replonger dans l’état d’esprit de la population à l’heure où le gouvernement annonce gravement un confinement général pour la protéger d’un virus mortel transitant de manière incertaine à travers le globe. Alors que les aéroports ferment un à un, on s’interroge : est-ce vraiment raisonnable de manger ces tomates venues d’Espagne en mars ? A l’heure où sortir de chez soi devient dangereux, acheter des aliments en circuit long n’est plus une évidence de facilité. Pragmatiquement, beaucoup de consommateurs tentent de raccourcir les intermédiaires qui les séparent des producteurs ayant récolté ce qu’ils s’apprêtent à cuisiner en famille. 
Outre le transport des marchandises en elles-mêmes, les circuits ont aussi su adapter leur vente aux mesures barrières : drives, livraisons, mais aussi vente en ligne pour minimiser tous les contacts physiques. Ils apparaissent ainsi pratiques, mais aussi moins dangereux. 
Au-delà du risque sanitaire, les français ont aussi eu le temps de s’intéresser de plus près à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Quand la santé redevient une préoccupation, on cherche à manger de meilleurs aliments, produits dans des conditions plus saines, et qui ont moins voyagé. Les circuits courts semblent alors être une réponse logique.
Un autre facteur intéressant est noté par Yuna Chiffoleau, directrice de recherches à l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (Inrae) Montpellier : le patriotisme économique. En effet, toute l’économie étant au ralenti, on tente de la préserver, notamment en soutenant les producteurs particulièrement touchés par la fermeture des marchés et de la restauration collective. Les citoyens témoignent d’une réelle volonté de privilégier l’emploi local et la production française en général. Y. Chiffoleau note ainsi que de plus en plus de consommateurs issus des classes moyennes se sont concentrés sur les circuits courts dans cet objectif. Elle souligne également une tendance générale chez les jeunes à vouloir privilégier une alimentation locale et de qualité. 
Privés de restaurants et inquiets des lendemains qui chantent faux, il semble donc que les citoyens se soient concentrés sur les circuits courts pour des raisons aussi diverses que pragmatiques. Maintenant que le covid est parti (temporairement ?) se cacher, la tendance perdure-t-elle ?


Si l’on peut parler d’un pic, c’est bien parce qu’il y a eu une retombée. Avec l’assouplissement progressif du confinement, puis le déconfinement, les consommateurs sont retournés dans les villes et se sont éloignés des productions locales. Pour autant, on ne peut pas dire que le confinement n’aura eu aucun effet sur le long terme. Les courbes le montrent : si les ventes de nos clients existants sont retombées, elles se sont stabilisées fin juin avec une croissance nette. Et même s’il est difficile de comparer le résultat des clients nous ayant rejoints pendant le confinement avec leurs résultats des années passées, force est de constater que peu d’entre eux ont décidé d’arrêter les circuits courts en ligne, alors que beaucoup avaient vu en Panier Local une solution temporaire. Plusieurs de ces clients nous ont ainsi confié avoir réussi à cibler une nouvelle clientèle par la vente en ligne. Peut-être est-ce une des raisons qui explique cette stabilisation. En se tournant vers les circuits courts grâce à des circonstances particulières, les consommateurs se sont rendu compte qu’ils n’étaient pas forcément synonymes de prix exorbitants et de complexité logistique. De leur côté, les producteurs ont su s’adapter et se réorganiser pour ces nouveaux clients, sans s’éloigner de leur essence locale et chaleureuse. 
Finalement, on pourra sûrement parler d’un avant et d’un après confinement pour les circuits courts : le changement d’habitude des consommateurs comme des producteurs leur a permis de se rapprocher. Sans dire que le confinement a fait des circuits courts une norme ou une évidence, ou que tous les consommateurs ayant goûté aux circuits courts choisiront de continuer à les fréquenter régulièrement, on peut affirmer que plusieurs consommateurs comme producteurs ont été convaincus et qu’une nouvelle étape a été franchie. 


Etude réalisée à partir des ventes des clients de Panier Local.
Les « Clients existants » sont les clients que nous accompagnons depuis avant janvier 2019.
Les « Nouveaux clients » sont les clients que nous ayant rejoints pendant le confinement et après. 
Attention : le chiffre d’affaires ne correspond pas aux revenus réels des producteurs mais bien à la somme de leurs ventes.